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Qu’est-ce que l’afro-féminisme… en France ?

Le mot féminisme est entré dans le vocable français en 1837 le dictionnaire Robert le définit comme « une doctrine qui préconise l’extension des droits, du rôle de la femme dans la société ». Depuis de nombreuses actions ont été menées afin de relier l’idée aux pratiques. Le féminisme en France a eu plusieurs porte-voix et a vu son apogée dans ce qu’on aime appeler la révolution de mai 68. Dans l’ouvrage « Le siècle des féminismes » ouvrage publié par un collectif d’historienne aux Éditions de l’atelier en 2004. On peut lire que le mouvement a connu une mue complexe pour atteindre son objectif à savoir : l’autonomie et la liberté (de penser, d’être).

On résume les axes principaux du combat :

  • le refus des préjugés qui dévalorisent les femmes ;
    • le rejet du sexisme, des normes patriarcales et de la misogynie ;
    • le combat contre l’inégalité des sexes ;
    • la volonté de donner la parole aux femmes et de leur ouvrir l’espace public ;

Avant le tournant de 68, le féminisme s’inspirait des philosophes des lumières : d’un être humain qui transcende toute distinction de nationalité, de sexe et de religion. Mais, avec mai 68, c’est une nouvelle donne qui s’exprime. Un nouveau souffle qui tire son origine au sein des universités américaines où les étudiants contestaient la guerre au Vietnam avec en toile de fond le mouvement des droits civiques. Les femmes saisirent l’opportunité de clamer haut et fort qu’elles ne sont pas que des citoyennes de seconde zone. Il ne s’agit plus d’accéder aux droits fondamentaux acquis dès lors, mais de se sortir de la domination masculine.

Mais alors, le féminisme traditionnel n’englobe pas toutes les femmes ? Non.

Pourquoi ? Parce que la société est subdivisée et le fonctionnement du tout s’articule autour de la dynamique de dominant/dominé. Mais surtout par l’impotence incapacité des mouvements féministes « traditionnels » à inclure les problématiques touchant des femmes d’origines ethniques autre que leur base.

Il importait d’utiliser une autre approche du féminisme. Celle de l’intersectionnalité. Développé par des féministes afro-américaines et anglaises : elle réfute le cloisonnement et la hiérarchisation des grands axes de la différenciation sociale que sont les catégories de sexe/genre, classe, race, ethnicité, âge, handicap et orientation sexuelle. L’approche intersectionnelle va au-delà d’une simple reconnaissance de la multiplicité des systèmes d’oppression opérant à partir de ces catégories et postule leur interaction dans la production et la reproduction des inégalités sociales (Crenshaw 1989 ; Collins 2000 ; Brah & Phoenix 2004).

Dès lors, la perception de l’afro-féminisme en France se place à l’intersection de deux discriminations le racisme et le sexisme voire plusieurs lorsque s’ajoute la religion ou l’homosexualité…
Le contexte français et son passé colonial donnent lieu à un vivier méprisant. L’exemple le plus bruyant fut l’anecdote de Lou Doillon (« ma grand-mère a combattu pour autre chose que le droit de porter un string »). Illustration qui interroge. Est-ce seulement la femme blanche qui a le droit d’assumer son corps ?

Pourquoi ? La faute à  l’ethnocentricité intellectuelle reposant encore et toujours sur l’argumentaire colonial : « donner la leçon au peuple incivilisé».

Dans un tel contexte s’exprimer lorsque l’on est une femme et noire nécessite de surmonter moult micro-agression, plusieurs barrières et le plafond de verre devient un plafond de ciment.
C’était sans compter l’émergence des réseaux sociaux. La plupart des médias « maintream » n’osant pas ou fuyant les polémiques abordent peu les problématiques liées aux femmes noires.

Les réseaux sociaux sont loin de ces questions existentielles. Les têtes de proue du mouvement afro féministe Mrs Roots entre autres mènent la lutte liant la parole aux actes.
Le combat de la représentation en France passe aussi par des prises de position notamment la possession de son corps. Il est étonnant d’écrire cela, cependant,  au 21e siècle, la femme noire doit encore affronter des us et coutumes dans le vocable public qui la déshumanise. Entendre dire que ses cheveux sont une crinière indomptable de la bouche de média qui n’ont nullement le courage de porter des femmes noires sur leur une est insultant et révélateur.

Et maintenant ? Me direz-vous. Eh bien, maintenant, les femmes afro fortes de leur droit à l’émancipation patriarcale et sociale sont à l’abordage dans différents domaines. Et encore oui, les femmes noires parlent de leurs cheveux et de beauté, mais c’est qu’à force d’être animalisé, il en vient vitale d’argumenter le contraire. Cette lutte politique de la représentation est légitime et doit s’articuler en amont des enjeux de la société française.

Bien évidemment cette envolée de l’afro féminisme à ces détracteurs ceux qui défendent l’idée de la France comme nation une et indivisible. Certes, il importe avant tout de cesser de déconsidérer la femme noire, car la constitution française déclare aussi reconnaître tous et l’unité indivisible se veut aussi dans le respect des individualités et non en la niant.
L’afro féminisme en France est porté par toutes les femmes noires par leur succès, leur coup de gueule, leur scandale, leur défaite. Il s’exprime car il se vit enfin librement sans être qualifié de lutte identitaire prétexte longtemps scandée pour déployer l’invisibilité.

Enfin, comme dans tout mouvement, on peut distinguer différentes formes et ceci grâce à la dissimilitude des origines sociales et de parcours de ces femmes. Le but étant que toutes les femmes s’expriment à la lumière d’expériences qui leur sont propres et qui ont construit leurs visions.

à lire : Revue Diogène, n°225, p.198, 2009.

Que sais-je, Le féminisme, PUF, p.128, 2007.

Les Sciences de l’éducation – Pour l’Ère nouvel, 2008/3 (Vol. 41), p.150, CERSE – Université de Caen2008/3 (Vol. 41).

Awa Thiam, « La Parole Aux Négresse, et d’autres féministes ».

 

Par Hélène 2.0

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